2° Université d'été PsY en mouvement
27-30 août 2009, Ardèche
Mise à jour du 18 août 2009
Diversité de nos Pratiques Psychothérapeutiques,
Psychothérapies Intégratives
et Nouvelles Approches "Intégrales"
A partir de la diversité de nos pratiques thérapeutiques,
en quoi pouvons-nous nous rejoindre, nous perfectionner, nous faire reconnaître?
Les nouvelles approches "intégrales" peuvent-elles nous aider en cela?
Reprise de la présentation de mai 2009 sur le site PsY en mouvement
Issue de philosophes et de scientifiques du monde entier, une nouvelle vision du monde se cherche. Elle souhaite incorporer les différents apports de l'Orient à la recherche occidentale la plus pointue, y compris scientifique, neurologique, médicale et psychologique. Les Universités et des centaines d’ hôpitaux américains leur ont déjà ouvert leurs portes. Des Universités Intégrales se créent partout dans le monde.
Quel peut en être l’impact sur les PSYCHOTHERAPIES INTEGRATIVES, dont il est souvent question, mais souvent dans un amalgame avec des approches en fait éclectiques ou multi-référentielles ? Cela mérite toute notre attention.
Comment avoir un regard lucide et vigilant sur toute l’effervescence du secteur psy, dont les pratiques dites «non conventionnelles à visée thérapeutique« ? Quelles sont les croyances en jeu ? Quel est notre domaine : santé mentale et/ou bien-être ?
Comment améliorer nos propres pratiques thérapeutiques dans leur singularité ?
L'ensemble sera constitué d’exposés, d’ateliers et de groupes de travail. Il sera vécu de façon ludique et conviviale, comme nous l'avons déjà apprécié lors de notre première Université d'Eté 2008. Cela se terminera par l’Assemblée Générale de PsY en mouvement le dimanche de 15H à 17H.
A ce jour les intervenants principaux sont Alain Collery, secrétaire général de PsY en mouvement, fondateur de cette Université d'Eté, Bruno Dal-Palu, président de PsY en mouvement, Bruno Decoret, vice-président, Yan Marichy, Gérard Hébert...
Le programme est certes ambitieux et dense, mais il reste ouvert à de nouveaux intervenants. Pour participer au programme, faire des propositions, aider à l’organisation, prendre contact : _alain.collery@wanadoo.fr_ 06 31 13 02 03
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Renseignements pratiques sur ce programme résidentiel:
1-Prestation hors hébergement et restauration :
Gratuit pour les adhérents de PsY en mouvement (caution 100 €)
Coût pour les non-adhérents : 250 €
2-Tarifs Hébergement et restauration par les Jardins Intérieurs 1 pers/ch : 220 €, 2 pers/ch : 195 €, Couple (par pers.) : 185 €, 3 pers/ch : 165 €, 4 pers/ch : 155 €
Camping Caravaning : 137,50 €, tout sauf nuitée : 115 €
Réservation et règlement par courrier, à faire au plus tôt en raison du nombre limité de places, auprès de notre trésorier Gérard Guichardon : guichardon.gerard@psy38.com
Nouvelle approche au 25 juillet 2009
1-Nous, psychothérapeutes, avons vraiment des pratiques professionnelles très diversifiées. En quoi, par exemple, la psychanalyse, la gestalt-thérapie, une TCC, la PNL, la somatothérapie, une approche transpersonnelle, entre autres, font-elles, ou non, partie du même métier de psychothérapeute ?
Certains ont une seule pratique, une seule formation, une seule référence. Mais ils sont rares chez nous. La grande majorité d'entre nous font appel à plusieurs approches. Comment cette approche multi-référentielle, l'usage d'une "boîte à outils" peut-elle devenir intégrative, avec quel intérêt ?
Que signifie vraiment le terme de psychothérapie intégrative, de nos jours, en France et dans le monde ? En quoi cela se distingue-t-il de la psychothérapie éclectique ? En quoi n'est-ce pas du "bricolage" (du fait de la fameuse "boîte à outils") qui peut attirer, pour certains, le qualificatif de "charlatanisme" ?
2-Aux Etats-Unis et dans le monde, se développent actuellement de nouvelles approches dites " intégrales", avec de nouvelles visions globales du monde, tant scientifique, que sociologique, historique, culturelle et personnelle.
En quoi notre pratique et notre rapport aux autres, y compris avec tous ceux qui ne comprennent pas l'intérêt de notre métier, dont nos élus et les pouvoirs publics, peuvent-ils s'en enrichir et devenir plus performants, plus pédagogiques, dans l'intérêt de tous ?
3-La pratique de la pleine conscience, nouvelle appellation "politiquement correcte" de la méditation, à titre laïque, sans aucune connotation religieuse ni sectaire, pourrait-elle éventuellement nous aider, nous et ceux qui nous accompagnons ? C'est une piste que les hôpitaux et les universités américaines, et maintenant les TCC de 3° génération valident et proposent, avec toutes les études scientifiques ad hoc, qui en prouvent l'efficacité. Quid pour nous ?
Comment intégrer ces apports cognitifs et ces expérimentations dans notre quotidien professionnel et personnel ? tel est l'objectif de cette deuxième université d'été, qui se veut aussi conviviale et détendue que celle de l'an passé.
4-En quoi serions-nous, sommes-nous et serons-nous exclusivement ou non dans le périmètre de la santé mentale ? Quid par rapport à la quête du bonheur ?
Psychothérapie, coaching ou développement personnel ?
5-Quid des thérapies non conventionnelles à visée thérapeutique, qui font l'objet d'une nouvelle surveillance des pouvoirs publics , du fait d'un nouveau décret?
Autant de questions qui seront probablement évoquées lors de cette Université d'été et dont nous débattrons ensemble.
Bref, quel est notre métier, comment le voir ensemble, le faire connaître, le faire évoluer ?
Cette Université d'Eté est gratuite aux adhérents de PsY en mouvement, à jour de leur cotisation, en dehors évidemment de l'hébergement et la restauration qui seront à régler directement auprès de l'association Existence, qui nous accueille dans ses Jardins Intérieurs, directement au bord de l'Ardèche, avec une belle piscine.
Seuls les premiers à s'inscrire et à verser une caution de cent euros pourront venir bénéficier de cette université. Le nombre de places est limité. Pour l'instant nous avons réservé tout l'hébergement du centre.
Ceux qui ne sont pas encore membres de notre Fédération de la Diversité Psy, peuvent le devenir avec une cotisation de 150 euros, et ainsi bénéficier d'informations multiples sur notre métier, nos centres d'intérêt et participer à des Controverses annuelles. Nous vous invitons à le faire rapidement afin de pouvoir partager les mêmes sources d'information que nous et y réagir , afin que le débat puisse commencer et se poursuivre dès maintenant.
Prenez de suite vos dispositions, réservez votre dernier week-end d'aout et envoyez-nous votre réservation de principe et votre chèque de caution. Vous pouvez y venir accompagnés et faire profiter votre conjoint ou partenaire de ce beau lieu et éventuellement de certains ateliers, même si l'ensemble est destiné en priorité aux psychothérapeutes et aux personnes dans la relation d'aide.
Contacter alain.collery@wanadoo.fr
ou 06 31 13 02 03
PROGRAMME 2° UNIVERSITE D'ETE PsY en mouvement du 27 au 30 août 2009
JEUDI 27 AOUT 2009
17H : Accueil des participants
19H : Dîner
20H30: Présentation du programme et de PsY en mouvement
VENDREDI 28 AOUT
9H 1° partie : Nos pratiques professionnelles dans leur diversité et leur richesse
Etude sur les qualifiés de PsY en mouvement, par Bruno Décoret , Président de la commission de qualification
Travail par petits groupes
Pause
11H : 2° partie : Différentes psychothérapies intégratives :
Deux approches de Psychothérapies intégratives présentées par Alain Collery, Secrétaire Général de PsY en mouvement
-La Vision Intégrale et la Psychologie Intégrale de Ken Wilber: atouts et critiques
-La Vision Intégrative de la Médecine et de la Psychothérapie du Dr Thierry Janssen, psychothérapeute
Maarten Aalberse : Les Psychothérapies Intégratives dans le monde anglo-saxon
13H Déjeuner
15 H : 3° partie : Autres exemples de psychothérapie intégrative :
l'un à partir de la psychanalyse, l'autre à partir des TCC 3° génération : ACT et Mindfulness
Débat en petits groupes , rapports des groupes
Pause
17H : 4° partie: Atelier de psychothérapie psycho-corporelle intégrative
Présentation de l'Approche Transpersonnelle par Didier Magnin
Table ronde et débats
19H Dîner
21H : 5° partie : Soirée : Ateliers divers proposés par plusieurs intervenants dont Yan Marichy
(Historique de la pleine conscience, vidéos sur des psys, études étrangères )
SAMEDI 29 AOUT
9H : 6° partie : Les psychothérapies éclectiques et intégratives en France,
Exposé puis Master class de psychothérapie intégrative, Bruno Dal-Palu, Président de PsY en mouvement, :
Pause
11H : 7° partie : Les multiples questionnements actuels :
Alain Collery, différents intervenants et travail en petits groupes :
Quelles sont les croyances en jeu ? pour nos patients/clients/usagers, nos prospects, nos élus et pour nous
La spirale dynamique dans le monde, et chez chacun de nous, avec les religions du Livre, les Lumières, les Créatifs Culturels, et puis ?
Les croyances : les esprits, Dieu, la science et le progrès, l’éclectisme de chacun, quelle intégration, quand, comment ?
La quête du bonheur, par les philosophes, la société actuelle, les neurosciences, la psychologie positive et pour nous ?...
Quid des approches dites transpersonnelles et de celles dites "non conventionnelles à visée thérapeutique" ?
Doit-on, ou non, peut-on arriver à se situer par rapport à cela, individuellement, professionnellement et collectivement ?
13H : Déjeuner
15H : Après-midi : 8° partie : Santé, santé mentale, développement personnel, coaching, bien-être ?
Où nous situons-nous, personnellement et collectivement ?
Travail en petits groupes - Table ronde - Débat
Pause
17H : 9° partie : Ateliers et co-visions
Ateliers de travail sur des thèmes issus de la dernière table ronde
Co-visions par regroupement géographique
19H : Dîner
21 H: Soirée festive et conviviale
DIMANCHE 30 AOUT
9H -10° partie : Synthèse et Conclusions
Rapport des groupes de travail
Que nous a apporté cette Université d'Eté ? Projet de Synthèse par Alain Collery
---sur le plan personnel
---sur le plan pratique professionnelle
---sur le plan de la stratégie à adopter vis-à-vis des pouvoirs public, des élus, des médias, des autres psys...
Le métier de psychothérapeute par Gérard Hébert
Débat général - Conclusions de l'Université d'été
Pause
11H : Préparation de l'Assemblée Générale de PsY en mouvement de l'après-midi : Discussion sur nos critères:
-de qualification avec Bruno Décoret
-d’adhésion à Psy en mouvement
-d’accès et d’intervention à l’extranet
-des listes psy-en-mouvement.com et choisir-sur-psy.com
13H Déjeuner
15H-17H Assemblée Générale de PsY en mouvement
( dont le droit de vote est réservé aux adhérents à jour de leur cotisation)
-Bruno Dal-Palu : Rapport moral du Président
-Gérard Guichardon : Rapport financier du Trésorier, Vote du quitus
-Prévisions et discussions des actions à venir pour le nouvel exercice
-Les Etats Généraux de la Psychothérapie d'octobre 2009
-La Controverse 2010 de Nice
-Actions et budget de communication
-Rapports avec le webmaster
-Budget prévisionnel, vote du montant de la cotisation
-Questions diverses
17H : Fin de l'Université d'été 2009 et de l'assemblée générale
Pour proposer une conférence, un atelier ou un poster :
prendre contact avec Alain Collery : alain.collery@wanadoo.fr 06 31 13 02 03
MON BLOG SUR LE SITE PSY EN MOUVEMENT CONCERNANT L'UNIVERSITE D'ÉTE
PSYCHOTHERAPIES lundi 08 juin 2009 à 08 h 17A
Prendre avec soi lors de l'Université d’Eté :
La Revue des Sciences Humaines de Juin-Juillet-Aout 2009 :
Les Psychothérapies, Guide et bilan critique.
MINDFULNESS lundi 08 juin 2009 à 08 h 22 :
Conférence à Paris, salle de la Mutualité, mercredi 10 juin 2009, à laquelle je serai :
"La mindfulness, médecine et société", par le Dr. Jon KABATT-ZINN,
Américain, professeur émérite de médecine,
fondateur de la MBSR, Mindfulness Based Stress Reduction,
ayant formé plus de 18.000 personnes, et dont 250 hôpitaux américains utilisent les programmes en huit semaines.
Voir http://association-mindfulness.org/
UNIVERSITE INTEGRALE
Mardi 23 juin, je serai à l'Université Intégrale de France sur le thème de l'écologie et du développement durable.
http://www.universite-integrale.org
BONHEUR vendredi 26 juin 2009 à 10 h 58 :
Un vrai bonheur pour moi que la lecture de Vivre, la psychologie du bonheur, de Mihaly Csikszenmilhalyi... Cet ouvrage a été édité aux Etats-unis en 1990 sous le titre Flow, mais n'a été disponible en français qu'en 2004, chez Laffont.
Un must auquel David Servan-Schreiber rend hommage dans sa préface, lui qui publia son fameux Guérir en 2003, et récemment son Anti-cancer. Voici ce qu'il en dit :
"... "Vivre" est un livre profondément subversif. En apprenant à contrôler nos expériences subjectives, nous nous libérons de la soumission automatique aux modèles tout faits, et surtout de la soumission aux comportements de consommation irréfléchis qu'on cherche constamment à nous imposer. C'est peut-être pour cette raison que "Vivre" a eu une telle influence sur la pensée contemporaine aux Etats-Unis et au Canada. Dans une large mesure, il définit le champ dans lequel sera livrée la bataille essentielle de ce début du XXI ° siècle : celle de la conscience de chacun."
BONHEUR - PSYCHOLOGIE POSITIVE vendredi 26 juin 2009 à 13 h 28
Entre ennui et anxiété, pour Milhal Csikszenmilhalyi, peut en effet se trouver "l'expérience optimale", celle lors de laquelle l'être humain est complètement dans "le flow", cad en plein dans ce qu'elle aime, ce qu'elle aime faire à fond, et qui correspond au sens qu'elle veut donner à sa vie. C'est un moment pendant lequel la personne serait en ordre avec sa conscience, par opposition aux nombreux moments d'entropie psychique, de désordre et de chaos avec sa conscience.
Il découvre et s'étonne que la plupart vivent ces expériences optimales dans le travail, alors qu'ils souhaiteraient le vivre pendant leurs loisirs, et qu'ils s'ennuient plutôt lors de ces loisirs. C'est ce qu'il appelle le paradoxe travail-loisirs.
Pour lui, vivre de tels moments peut être épisodique, mais le mieux serait de le vivre le plus souvent possible, "baigner dedans", ce qui correspond alors à une personnalité autotélique, qui s'autogratifie dans ce qu'elle vit au jour le jour, dans l'acceptation savoureuse du processus plus que dans le résultat.
J'apprécie à fond cette vision du monde "positive" et le catalogue de propositions qu'il fournit : se cultiver, vivre par le corps et par l'esprit, utiliser et développer tous ses sens. C'est aussi ce que je préconise à mes clients, qu'ils acceptent assez facilement et qui leur permet souvent de dépasser leurs souffrances et problèmes pour se retrouver sur un autre palier, plus satisfaisant, faisant disparaître le symptôme initial.
Mais j'admets que cette attitude est plus dans l'ordre du faire que dans celui de l'être, plus dans la vie dans l'action que la vie dans la contemplation. Il ne s'agit pas d'états modifiés de conscience. Il insiste sur la liaison avec la concentration, l'effort et la persévérance.
PLEINE CONSCIENCE - MINDFULNESS - MEDITATION
La pleine conscience n'est pas un concept qui résonne chez cet auteur, dans cet ouvrage. Il ne l'évoque qu'indirectement en précisant que cela n'a pu exister que chez des privilégiés, des grands méditants, des brahmanes, des grands yogis et que cela ne saurait être le lot de la majorité, qui y serait imperméable en Occident.
Je constate aussi cela moi-même, avec mes difficultés à faire admettre la possibilité de la pleine conscience avec les clients auxquels je pense qu'elle serait la plus indiquée. Mes arguments ne savent les convaincre. Les données scientifiques de leur efficacité ne leur donnent pas envie de croire que cela puisse leur être possible, à eux personnellement.
Le MBSR, Mindfulness Based Stress Reduction de Jon Kabat-Zinn n'est donc pas encore si facile à faire adopter, ni "l'apprentissage de la sérénité" dont parle Christophe André dans son dernier ouvrage "Les états d'âme", ni "La solution intérieure" de Thierry Janssen. Ces trois auteurs sont dans la même mouvance de TCC de troisième génération, telle que celle-ci est évoquée dans le magazine actuel des Sciences Humaines.
L'ACT ( Acceptance Commitment Therapy) fait partie du même courant, celui de mettre plus de sérénité dans la conscience.
Nos croyances françaises dites cartésiennes seraient-elles en jeu, pour freiner le mouvement vers la pleine conscience, pourtant laïque et humaniste ? Cette évolution est-elle d'ailleurs souhaitable, inéluctable ou temporaire, un simple effet de mode qui sera demain dépassé ?
Je souhaite que nous puissions en débattre lors de l'université d'été.
PSYCHOTHERAPIE ET SOCIETE jeudi 02 juillet 2009 à 13 h 05 :
Je vais maintenant me référer à l'ouvrage Psychothérapie et Société publié en 2008 sous la direction de Françoise Champion. Son thème est : Pourquoi tant de déchirements entre les différents psys en France ?
Il éclaire d'un regard historique et sociologique tous les débats entre psychanalyse et médecine, en Autriche, en France, aux USA, depuis Freud, avec tout le climat particulier aux USA, lié à leur vision de la religion, du bonheur, à leur volonté d'améliorer les comportements.
Il permet de mieux comprendre les conflits initiaux et contemporains entre psychanalyse et TCC, ainsi que l'alliance improbable mais réelle des médecins, des psychologues et de leurs universitaires contre les nouveaux concurrents que sont les psychothérapeutes exclusifs, cette nouvelle profession. Cela permet aussi d'analyser leur refus d'aborder de front , en France, la véritable question de la formation à la psychothérapie.
Cela nous donnera aussi l'opportunité de mieux nous situer entre maladie mentale et bien-être, souffrance et bonheur, santé mentale et développement personnel. Ce sont des divergences qui viennent dès le début d'une approche différente, aux USA et dans notre vieille Europe.
Freud avait cru apporter la peste aux USA, mais en fait sa vision du monde y a été modifiée en vue d'une quête du bonheur... Les thérapies behavioristes, puis humanistes, puis comportementales et maintenant cognitives ont pris la suite. Et nous, où en sommes-nous sur ce sujet ?
Pour plus d'infos sur l'UE, voir www.alaincollery.com
APPROCHE INTEGRALE, KEN WILBER, SPIRALE DYNAMIQUE mardi 18 août 2009 à 14 h 42
Pour une introduction à l'Approche Intégrale et à la Spirale Dynamique, vous pouvez regarder sur youtube deux petites vidéos de 8 mn d'une interview qui m'a été faite, en début juillet 2009. (taper youtube alain collery ou youtube approche integrale).
Pour un ouvrage sur la Spirale Dynamique, lire " Le monde change... et nous?". Son auteur, Véronique Guérin sera parmi nous à l'Université d'été et animera un atelier d'intégration des données de cette approche intégrale.
Mi-juillet, j'ai présenté une conférence sur Approche Intégrale et Spirale Dynamique, avec Michel Saloff-Coste, président-fondateur de l'Université Intégrale de France.
Début août, j'ai participé au groupe meetup Ken Wilber, qui se réunit tous les mois à Paris. Ce groupe est animé par Brian Van der Horst, l'ancien représentant de Ken Wilber en Europe. Plusieurs de ces membres ont lu tous les ouvrages de Ken Wilber (deux en français : Une brève histoire de tout, Le livre de la Vision Intégrale, et plus de 20 en anglais dont Sex, Ecology and Spirituality)
MES SOURCES
Présentation générale de mes motivations pour les sujets choisis,
et de leur intérêt dans nos choix personnels et stratégiques (1)
Analyse de "Psychothérapie et Société" de l'Inserm et du CNRS (2)
Le "bricolage psycho-spirituel", vu par Françoise Champion (2 bis)
L'émergence des Créatifs Culturels aux E.U (3) et en France (3 bis)
La Spirale Dynamique de Clare Graves et Don Beck (4)
L'approche intégrale de Ken Wilber, son modèle AQAL, ses critiques (5)
La quête du bonheur de la psychologie positive (6)
La thérapie de pleine conscience du Dr Jon Kabatt-Zinn (7)
La question du sens (dont celui de la maladie du Dr Thierry Janssen) (8)
Projet de synthèse des débats de l'Université d'été :
Etat des lieux, controverses et choix de PsY en mouvement (9)
LIENS vers des sites concernés par ces sujets
(F = en langue française, GB = en langue anglaise):
(0a) www.alaincollery.com (Mise à jour 25 juillet 2009)
(0b) deux vidéos de 8 minutes sur l'Approche Intégrale et la Spirale Dynamique, 7 juillet 2009
sur un moteur de recherche : alain collery youtube ou
1° vidéo: www.youtube.com/watch?v=jo_fYNBjvVc
puis 2° vidéo: http://www.youtube.com/watch?v=6eFO5oHCG0I&feature=related
(Oc) Présentation powerpoint de la vision intégrale de Ken Wilber du 9 juillet 2009
(1a F) www. psy-en-mouvement.com
(1b F) www.scienceshumaines.com/les-psychotherapies_fr_347.htm
(1c F) www.psychotherapie-integrative.com
(2 F) http://www.paperblog.fr/1799609/francoise-champion-psychotherapie-et-societe/
(2bis F) http://www2.cnrs.fr/presse/thema/456.ht
(3 GB) www.culturalcreatives.org
(4a GB) www.spiraldynamics.net
(4b GB) http://books.google.fr/books?id=ibIPHOsOJbwC&dq=spirale+dynamique&printsec=frontcover&source=bl&ots=CUtbAQQ4T8&sig=a_px-qCuYPz4a71LLp2gXhOHQqc&hl=fr&ei=u3BoSuyUKYGRjAeI8MCdCw&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=10
(4c F) http://www.coachingavenue.com/2/view_news.php?id_news=247
(4d F) http://www.human-side.com/wilber/InterviewShamb1.htm (les 3 parties)
La critique par Ken Wilber des Créatifs Culturels et des "memes" verts
(5a GB) en.wikipedia.org/wiki/Integral_movement
(5b GB)www.integralinstitute.org (site de Ken Wilber)
(5c GB) www.integralworld.net (site critique de Ken Wilber)
(5d F) www.universite-integrale.org
(5e F) http://www.visionsintegrales.com
(6 GB) en.wikipedia.org/wiki/Positive_psychology
(7 F) fr.wikipedia.org/wiki/Jon_Kabat-Zinn
(8 F) www.thierryjanssen.com
BIBLIOGRAPHIE
(1a) Magazine des Sciences Humaines : Numéro spécial sur les Psychothérapies, juin-aout 2009
(1b) Manuel de Psychothérapie brève intégrative, John Preston, InterEditions, 2003
(2a) Psychothérapie et Société, sous la direction de Françoise Champion, Armand Colin, 2008
(2b) Psychothérapie. Trois approches évaluées, expertise collective de l'INSERM, Ed Inserm, 2004
(2c) Le Livre Noir de la Psychanalyse : Vivre, penser et aller mieux sans Freud, Jacques Van Rillaer, Didier Pleux, Jean Cottraux, Mikkel Borch-Jacobsen, Ed Arênes, 2005
(2d) Petit livre noir des Psychothérapies Américaines en France, Michel Dégrange, L'Harmattan, 2007
(2e) Les nouvelles Thérapies, Mieux vivre et guérir autrement, Jean Vernette, Claire Moncelon, Presses de la Renaissance, 1999
(3a) L'émergence des Créatifs Culturels, Paul Ray et Sherry Anderson, ed Yves Michel 2001
(3b) Les Créatifs Culturels en France, ed Yves Michel 2005
(3c) L'alternative des valeurs féminines, recherche pilotée par Bernard Cathelat, Denoël, 1998
(3d) L'avenir de l'esprit, Thierry Gaudin, Clés Albin Michel, 2001
(3e) La société civile : le 3° pouvoir. Changer la face de la mondialisation, Nicanor Perlas, Ed Yves Michel, 2000
(3f) 2100, Odyssée de l'Espèce, Documents Payot, 1993
(3g) 2100 récit du prochain siècle, Thierry Gaudin, Grande bibliothèque Payot, 1990
(3h) Questions de survie, La révolution mondiale a commencé, Club de Rome, Al. King, Bertrand Schneider, Calmann-Lévy, 1991
(3i) La troisième vague, Alvin Toffler, Denoël, 1980
(3j) Le choc du futur, Alvin Toffler, Denoël-Gonthier, 1970
(4a GB) Spiral Dynamics, Mastering Values, Leadership and Change,
Don Edward Beck, Christopher C. Cowan (Second Edition), 2005
(4b) La Spirale Dynamique, Fabien et Patricia Chabreuil, InterEditions 2007
(5a) Le livre de la Vision Intégrale, Ken Wilber, InterEditions-Dunod, 2008
Relier épanouissement personnel et développement durable
(5b) Une brève histoire de tout, Ken Wilber, Ed. de Mortagne, Québec, 1997
(5c) Science et Champ Akashique, Erwin Laszlo, Ariane, 2004
(5d) Introduction à la pensée complexe, Edar Morin, ESF, 1990
(5e) Science et conscience, les deux lectures de l'univers, Colloque de Cordoue France-Culture 1979, 1980
(6a)Le Point - Hors Série- Le bonheur, textes fondamentaux, Juillet-Aout 2009
(6b)Magazine Sciences Humaines: Le bonheur, de la philosophie à la psychologie, été 1997
(6c) Propos sur le bonheur, Alain, Idées NRF, Gallimard 1928
(6d) La philosophie et le bonheur, Philippe van den Bosch, Flammarion, 1997
(6e) Plaidoyer pour le bonheur, Matthieu Ricard, NiL éditions, 2003,
(6f) A la poursuite du bonheur, Stéphane Osmont, Albin Michel, 2009
(interviews de David Servan-Schreiber, Boris Cyrulnik, Richard Davidson, Pascal Bruckner...)
(6g) Vivre, la psychologie du bonheur, Mihaly Csiksentmihalyi, Robert Laffont,
publié aux USA en 1990, en France en 2004, avec une préface de David Servan-Schreiber
(6h) Guérir le stress, l'anxiété et la dépression sans médicaments ni psychanalyse, Robert Laffont, 2003
(6i) Anticancer, Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, Pocket Evolution, 2007
(6e) Le bonheur, pour une éthique du bien-vivre, Luc Ferry, DMM, 1999
(7a) Au coeur de la tourmente, la pleine conscience, Jon Kabat-Zinn, ed de Boeck, 2009
MBSR, la réduction du stress basée sur la mindfulness : programme complet en 8 semaines
avec une préface de Christophe André
(7b) La thérapie cognitive basée sur la pleine conscience pour la dépression, une nouvelle approche pour prévenir la rechute, Zindel Segal, Mark Wiliams, John Teasdale, Ed de Boeck, 2007
avec une préface de Christophe André et Matthieu Ricard
(7c) Les Thérapies Comportementales et Cognitives, Jean Cottraux, Masson, 4° éd, 2004
dont une troisième vague de TCC ? L'ACT( Acceptance and Commitment Therapy) et la Pleine conscience
(7d) Les états d'âme, Un apprentissage de la sérénité, Christophe André, Odile Jacob, 2009
(7e) L'art de la méditation, Matthieu Ricard, Nil, 2008
(7f) Healing Emotions, Conversations with the Dalaï-Lama on Mindfulness, Emotions and Health,
edited by Daniel Goleman, Shambala, 2000
(8a) La maladie a-t-elle un sens ?, Enquête au-delà des croyances, Thierry Janssen, Fayard, 2008
(8b) La solution intérieure, Vers une nouvelle médecine du corps et de l'esprit, T. Janssen, Fayard, 2006
FRAGMENTS D'INTERVENTIONS D'ALAIN COLLERY
1) RAPPEL D'UN INTERET PERSONNEL POUR CES QUESTIONS (2006)
Alain COLLERY est actuellement "passionné" par deux phénomènes :
d'une part l'émergence des "créatifs culturels", à savoir un nouveau groupe sociologique, porteur de nouvelles valeurs , fort différentes de celles des "modernistes", satisfaits du monde actuel et de son évolution, ainsi que de celles des "traditionalistes", regrettant le temps passé et se référant à des valeurs morales traditionnelles.
Ces créatifs culturels représentent un quart de la population américaine et probablement autant en Europe. Ils regroupent ceux qui veulent agir sur la protection de l'environnement et ceux qui sont dans le monde du développement personnel, ainsi que dans une recherche spirituelle. Ils sont cependant isolés et n’ont pas aucune conscience qu'ils représentent une telle importance ni un tel pouvoir potentiel.
- et d'autre part l'apparition de la société civile, avec un nouveau pouvoir de rééquilibrage de l'économie libérale et du monde politique.
La société civile est celle qui s'est opposée à l'OMC, l'Organisation Mondiale du Commerce à Seattle, Canada, en 1999. Elle regroupe ceux qui veulent agir pour que le développement soit "durable", et non plus destructeur. La société civile est la sphère privilégiée des valeurs : justice, spiritualité, lutte contre les inégalités, la pauvreté, la faim, l'exclusion, les guerres.
Le rééquilibrage peut s'effectuer dans une triarticulation entre le monde dominant de l'économie libérale, celui de la politique et enfin la société civile. Celle-ci propose ses valeurs culturelles, morales et spirituelles.
Cela peut se faire dans la contestation mais aussi dans la coopération, déjà engagée au niveau mondial, mais qui peut donner lieu à récupération et déviances, si la vigilance appropriée n'est pas mise en place .
Alain COLLERY se positionne sur ces évolutions de la société, porteuses d'avenir.
(2) PSYCHOTHERAPIE ET SOCIETE 30 JUIN 2009
Eléments de compréhension du champ psy
Issu du monde catholique, classique, puis celui dit «en recherche», passé ensuite par la dynamique de groupe rogérienne, la psychanalyse freudienne, puis ayant découvert le développement personnel, les approches transpersonnelles occidentales et asiatiques, les psychologies humanistes et enfin la pleine conscience,
je vais tenter ici la gageure de brosser un tableau du champ psy, tels que mes dernières lectures m’en ont fourni un nouvel éclairage.
Ayant participé aux différents forum psy pilotés par Jacques-Alain Miller, il m’a été donné de nombreux jugements, souvent polémiques, des adversaires de la psychanalyse et des psychothérapeutes, des tenants d’une approche scientifique et de la nécessité d’une évaluation des psychothérapies.
Je vais surtout m’inspirer ici de l’ouvrage « Psychothérapie et Société», un ouvrage collectif de 315 pages, publié sous la direction de Françoise Champion et publié chez Armand Colin en 2008. Ces différents auteurs (13) sont sociologues ou historiens, avec deux exceptions, un psychiatre-psychanalyste et un psychologue. Ils appartiennent surtout au Centre de Recherche CESAMES (Psychotropes, Santé mentale, Société), relié soit à l’INSERM (U611) soit au CNRS (UMR 8136). Ils sont quasiment tous universitaires, à Paris-8, Paris-Descartes et un de Lausanne.
Ces articles brossent le tableau du monde psy spécialement en France, lors des avatars de la loi sur le titre de psychothérapeute. Mais ils abordent aussi la situation dans les autres pays européens ainsi qu’aux USA. La psychanalyse et les TCC y sont à l’honneur, mais les ni-ni-ni sont présents aussi, en particulier au travers d’une analyse des propositions, éditoriaux et articles du magazine Psychologies Magazine.
Il n’y est pas question de polémique, mais d’études sérieuses sur l’état des psychothérapies et des psychothérapeutes, des relations entre les psychiatres et la psychanalyse depuis Freud, en Europe, aux Etats-Unis et en France. J’ai apprécié ces tons mesurés, cet effort de réflexion non partisan.
Je n’aurai personnellement été affecté émotivement négativement que par un seul mot qui revient assez souvent : le «bricolage» de très nombreux psychothérapeutes ni-ni-ni. Lorsque le terme «bricolage» revient trois fois dans une même page, je ne peux m’empêcher de considérer qu’il s’agit d’un jugement négatif, visant à faire passer un message aux lecteurs. Il s’‘agit du bricolage psycho-spirituel, sur lequel nous reviendrons.
Rappelons l’amendement Accoyer initial du 8 octobre 2003, voté par l’Assemblée Nationale : «Les psychothérapies constituent des outils thérapeutiques utilisés dans le traitement des troubles mentaux. Les différentes catégories de psychothérapies sont fixées par décret du ministre chargé de la santé. Leur mise en oeuvre ne peut relever que de médecins psychiatres ou de médecins et de psychologues ayant les qualifications requises fixées par ce même décret. L’Agence Nationale d’accréditation et d’évaluation en santé apporte son concours à l’élaboration de ces conditions».
PSYCHANALYSE ET PSYCHIATRIE : LA VOLONTE D’INDEPENDANCE DE FREUD
Depuis ses débuts, la psychanalyse a connu des relations difficiles, contradictoires et différentes selon les pays, avec le monde médical, et surtout celui de la psychiatrie. Certes Freud était psychiatre, mais il a cherché à rendre la psychanalyse indépendante du monde médical, et ne voulait pas les médecins s’en réserver le monopole.
Il y eut le cas d’un psychanalyste autrichien attaqué par un patient américain qui estimait que son analyse avait aggravé son état et qui fut attaqué pour exercice illégal de la médecine. Ce fut l’affaire Reik, à laquelle réagit Freud en publiant en 1926 La question de l’analyse profane. Theodor Reik était psychanalyste et docteur en philosophie. Il n’y eut pas de procès mais Reik se vit interdire l’exercice de la psychanalyse à Vienne, et dut émigrer, d’abord à Berlin, puis à New-York.
La position de Freud ne fut pas partagée par tous ses collègues. L’Association Psychanalytique Internationale fut en effet dè lors au bord de la rupture. L’American Psychiatric Association en particulier va regrouper en 1940 la plupart des psychanalystes américains et va en faire un monopole médical et en exclure l’accès aux non-médecins.
Une autre affaire mit en jeu, plus tard, en France un autre analyste, car non-médecin. Ce fut en France le cas de l’affaire Margaret Clark Williams de 1950 à 1953. Il s’agissait d’une psychanalyste nord-américaine non-médecin, qui conduisait bénévolement des psychothérapies au Centre Psychopédagogique Claude Bernard. Les parents d’un enfant suivi portent plainte contre elle, estimant sa pratique néfaste. L’Ordre des médecins se porta partie civile et elle fut poursuivie pour exercice illégal de la médecine. Elle fut condamnée, pour le principe, au Franc symbolique, et toute pratique psychanalytique lui devint interdite en France. Elle décida alors de quitter Paris et d’exercer à Londres. Ce qui lui était reproché était l’absence de comptes rendus à un médecin, au cours du traitement et à la fin de celui-ci, alors que son responsable lui avait accordé toute sa confiance et n’exigeait rien de tel, et qu’il en a témoigné en sa faveur lors du procès.
PSYCHANALYSE ET PSYCHIATRIE AUX ETATS-UNIS : UN CAS PARTICULIER
Aux Etats-Unis, la psychothérapie fut issue du monde religieux chrétien, la Christian Science, et particulièrement le Mouvement Emmanuel, qui recherchait une alliance avec le milieu médical. Elle se propagea donc rapidement, entre 1906 et 1910 dans ce milieu qui lui était favorable. Les médecins américains, peu intêréssés au début, comprirent le danger, entrèrent en campagne contre les pratiques des non-médecins et proclamèrent que la psychothérapie était de leur seule compétence et exclusivité.
Freud vint alors faire une série de conférences à la Clark Université en 1909: le grand public était prêt à accueillir avec enthousiasme la psychanalyse et à l’adapter aux idéaux de la société américaine. Cela coïncida avec le «Progressive Movement» qui dure du début du XX° siècle, jusqu’à l’entrée en guerre des E.U en 1917. L’homme pouvait changer son environnement, reconstruire la société et rendre l’individu meilleur. En psychothérapie, cela donnait l’idée que la maladie mentale ne résultait pas d’une fatalité organique, et qu’elle pouvait être soignée, car, pour l’essentiel, les troubles étaient dus à une mauvaise adaptation du malade à son environnement.
Le behaviorisme faisait alors ses débuts avec John B. Watson, psychologue qui reprenait les travaux de Pavlov, sur l’apprentissage des animaux, sur lesquels il avait travaillé 12 ans, sur les réponses aux stimuli. Son article le plus célèbre date de 1913. «La psychologie telle le behavioriste (la psychologie du comportement) la voit». Pour lui, «la psychologie doit renoncer une bonne fois à étudier les phénomènes de conscience si elle veut devenir «une branche expérimentale, purement objective, des sciences naturelles». Tout comme la physique et la chimie, elle doit employer des méthodes scientifiques et conduire des expériences dont les résultats sont reproductibles. Par conséquent, elle doit renoncer à l’étude des états mentaux - qui ne sont pas observables objectivement - et ne plus même parler de «conscience», «esprit», «image mentale», etc, mais uniquement de stimuli et de réponses.
La psychologie a pour but, pour lui, de contrôler le comportement humain, donc un contrôle social, ce qui rejoint le Mouvement progressiste.
Contrairement à ce qui est souvent cru ici en France, il n’y eut pas opposition du behaviorisme initial à la psychanalyse, mais au contraire, pendant un certain temps, il manifesta une volonté d’en démontrer scientifiquement les bienfaits pratiques de sa théorie. Watson était fasciné par la psychanalyse tout en rejetant le concept d’inconscient. Il la présenta aux étudiants en médecine de l’université John Hopkins à Baltimore en 1912. Il reprochait aux dévôts de ce nouveau culte de ne pas s’intéresser à la validation scientifque des méthodes de Freud et Jung. Il contestait aussi le monopole des médecins américains sur la psychanalyse, empêchant tous les autres, y compris les psychologues,de pouvoir l’exercer. Il fit l’apologie de la psychanalyse entre 1915 à 1918, mais s’intéressa surtout au réflexe conditionnel de Pavlov qu’il découvrit en 1916 et dont il fit l’unité de base de la conception behavioriste de l’apprentissage.
ll y eut en 1920 la parution de l’expérience de reconditionnement du petit Albert, qui, à 9 mois, n’avait pas peur des animaux, ni surtout d’un rat blanc. Il avait surtout peur du bruit provoqué derrière lui par un coup de marteau frappé sur une barre d’acier. Son reconditionnement fut progressif : faire ce bruit quand l’enfant voyait le rat, et il finit par avoir peur et pleurer en voyant le rat, puis d’autres animaux. Arrêtant ces expériences pendant un mois, le phénomène perdura. Il persifla ensuite la psychanalyse puis se radicalisa contre celle-ci avec Le behaviorisme, ouvrage destiné au grand public, publié en 1924.
En 1923, Watson fut recruté comme assistant par l’université de Columbia, et il y supervisa les recherches de Mary Cover Jones sur un autre petit enfant qui ressemblait au petit Albert un peu plus âgé. Cet enfant de 3 ans avait peur d’un rat blanc et d’un lapin. Elle entreprit de le reconditionner, en présentant un lapin lorsqu’il mangeait. Petit à petit, la peur disparut et Peter montra de l’affection au lapin. Jones restera ainsi la mère des thérapies comportementales.
Plusieurs behavioristes tentèrent de fondre les deux héritages freudien et pavloviste avant la deuxième guerre mondiale. Ils voulaient donner une base scientifique à la théorie freudienne et à ses applications en psychothérapie, applications dont ils ne contestaient nullement l’efficacité. La théorie behavioriste de l’apprentissage leur semblait fournir l’outil adéquat à un tel projet.
ORIGINES RELIGIEUSES DES CROYANCES AMERICAINES, NI CATHO NI LAIQUES
Si la thèse de Max Weber sur les avantages comparés du protestantisme et du catholicisme peut être ici reprise, les premiers Américains se sentaient des élus de Dieu, venus trouver un nouvel Eden, chargés d’une mission divine. Cela a ensuite évolué vers une acceptation de la réussite individuelle, voulue par Dieu, puis vers un individualisme et une quête du bonheur.
Les versions catholiques de la terre comme lieu de souffrances, ou du tragique grec faisaient place à une nouvelle vision du monde, optimiste et volontaire. Ce n’était plus la psychanalyse de Freud, mais ce fut celle qui se développa aux Etats-Unis.
Freud avait cru apporter la peste aux EU en y amenant la psychanalyse. Mais en fait, celle-ci fut lue à la lumière de l’optimisme environnementaliste et son but devint la poursuite du bonheur.
Les psychologues américains avaient fait l’expérience de la psychothérapie pendant la seconde guerre mondiale. Ils auraient dû ensuite ne la pratiquer que sous contrôle d’un psychiatre. Ils s’en affranchirent et se mirent aussi à pratiquer d’autres psychothérapies, en particulier l‘Approche Centrée sur la Personne, de Carl Rogers, malgré les efforts des psychiatres et des psychanalystes d’en restreindre la pratique aux seuls médecins.
LE DEBUT DES THERAPIES COMPORTEMENTALES
Le behaviorisme fit place au comportementalisme, souvent chez des psychanalystes déçus de la longueur des cures et cherchant des solutions plus rapides. La volonté fut de mettre en place des thérapies brèves qui puissent être validées scientifiquement, reproductibles, qui seraient plus acceptées par le public.
Il eut aussi, dans les années 50 aux E.U, le Community Mental Health Movement, voulant désinstitutionnaliser les troubles mentaux, y peu comme notre psychiatrie de secteur en France. Cela privilégiait les cures brèves et attribuait un rôle thérapeutique aux parents et aux proches. Cela contribua probablement au développement de thérapies alternatives à la psychanalyse, qui en vint à décliner progressivement.
En même temps, la contre-culture fit naître les psychologies humanistes qui vinrent creuser un nouveau sillon entre la psychanalyse et le courant behavioriste et comportementaliste.
Les nouvelles thérapies comportementales se voulaient brèves, peu coûteuses, validées scientifiquement, et à même de faire disparaître les symptômes mal supportés par l’entourage du malade.
Wolpe, médecin sud-africain, émigra aux E.U en 1962, après avoir été influencé par Pavlov. Il mit au point une méthode de désensibilisation systématique, publiée en 1958 puis 1969, qui combine la relaxation et l’imagerie mentale. Ce qu’il appelle sa Behavior Therapy n’est en fait plus behavioriste puisqu’elle fait appel très largement à l’introspection du client et s’appuie sur ses opérations mentales conscientes ( se souvenir, juger, imaginer, ...) toutes méthodes et notions strictement prohibées par les behavioristes orthodoxes.
Un psychologue allemand, émigré en Angleterre en 1934, popularisa les thérapies comportementalistes, Il s’agit d’Eysenk. En 1952, il publia un article polémique et de mauvaise foi, dit-on, à propos de la controverse sur l’efficacité des psychothérapies. «Plus il y a de psychothérapie, moins il y a de guérison», en fut le leitmotiv. Cet article fut le cheval de Troie des TCC contre la psychanalyse et l’exigence de l’évaluation. En 1985 il récidiva avec son pamphlet «Déclin et chute de l’empire freudien».
Aux EU, Skinner renouvelait l’approche behavioriste et donna une existence institutionnelle aux différentes techniques de modification et de contrôle du comportement humain. ll avait commencé sa carrière de psychologue universitaire en effectuant des recherches sur le comportement des rats. Il ne veut plus s’occuper du chien de Pavlov , «répondant»passivement , mais de proposer un conditionnement «opérant» avec une motricité volontaire. Il apprend au rat à presser un levier pour obtenir une récompense, qu’il n’obtient qu’après avoir donné la réponse. Il vaut mieux récompenser que punir. Si la psychanalyse a des effets, c’est parce qu’elle est non punitive.
Il va appliquer cette méthode à des psychotiques et dans son rapport de 1953, il introduit pour la première fois, l’expression «behavior therapy».
Les EU et l’Angleterre voient donc se développer en parallèle et en interaction leurs thérapies comportementales. Il y eut des résistances et des débats contradictoires, dont l’un entre Carl Rogers et Skinner en 1956 sur le contrôle humain. Il y eut la publication d’Orange mécanique par Anthony Burgess en 1962, suivie du film de Stanley Kubrick qui connut un succès mondial.
En fait le cognitivisme faisait son apparition dans sa critique du comportementalisme. Il s’appuie sur l’essor de la psychologie cognitive de laboratoire, qui a emprunté des notions et des modèles à des secteurs de recherche extérieurs à son domaine, en particulier la théorie mathématique de la communication, à la cybernétique et à l’intelligence artificielle.
Elles se réuniront sous le même sigle des TCC. Elles ont réintroduit le mentalisme et ont cultivé l’éclectisme dans les faits.
Il fut proposé en son temps aux EU aux psychanalystes de mettre en place des systèmes d’évaluation, dans des conditions de financement acceptables. Mais ils refusèrent cette opportunité et ce fut probablement une erreur stratégique de leur part. La scientificité des évaluations reste à améliorer, mais cela reste un argument marketing de grande valeur.
EVIDENCE BASED MEDICINE ET EVIDENCE BASED PRACTICE
Au Canada, à Ontario, se mit en place une recherche de baser la médecine sur des preuves scientifiques irréfutables. Curieusement ce n’était pas encore le cas il y a quelques années. Chaque médecin pouvait porter le diagnostic qu’il voulait et donner le traitement qui lui convenait. Que ce souci ait donné lieu à de nombreuses recherches, analyses et à la mise en place de bonnes pratiques dans l’intérêt de l’usager est réconfortant et ne saurait être critiqué.
Mais il fut aussi décidé de mettre en place aussi pour les psychothérapies, d’autant plus que les comportementalistes avaient déjà bien avancé sur le sujet, en identifiant des troubles bien précis, à partir de questionnaires issus de consensus. Cela avait correspondu avec l’évolution du DSM, le Diagnostic and Statistical Manual of Mind Diseases, qui avait démarré avec une classification de type psychanalytique pour devenir de plus en plus comportemental, factuel, sans aucun lien avec la théorie psychanalytique.
L’EXCEPTION FRANCAISE
La psychanalyse n’apparut qu’assez tard en France. Dans les années 1920 et 1930, les psychiatres français restaient largement indifférents à la psychanalyse, qui a surtout trouvé un écho dans les milieux littéraires. Il n’y avait que 48 psychanalystes en France après la seconde guerre mondiale, surtout des psychiatres, des hommes avec quelques exceptions, des non-médecins, surtout des femmes, dont Marie Bonaparte.
Il n’y avait pas de psychothérapie liée à des mouvements religieux, ni de mouvement behavioriste. La psychanalyse prit la place et l’hégémonie dans le secteur. 70% des psychiatres devinrent psychanalystes. L’élite intellectuelle se nourrit la première de l’analyse. L’université et de nombreuses institutions furent prises en main par des psychanalystes.
Les psychologies humanistes firent aussi leur apparition, mais surtout dans le milieu non médical. Elles mirent en place des écoles privées pour fournir une seconde formation à des personnes ayant déjà exercé dans d’autres domaines. Certaines se sont à consacrées au courant transpersonnel ou aux pratiques psycho-corporelles.
Tout ceci était de nature à faire grincer les dents des universitaires d’une part, qui voyaient un filon pour de nouveaux charlatans et des laîcs de l’autre qui voyaient d’un mauvais oeil un retour des religions, sinon des sectes.
Il y avait déjà eu, pour les médecins, la concurrence des psychologues qui avaient réussi à se démarquer du monde médical. Cela n’avait pas été sans mal, mais cela s’était terminé par un gentleman agreement. Ils devenaient des sous-psychanalystes, s’occupant des enfants inadaptés, sous contrôle médical, éventuellement sous forme de psychothérapie. Lacan lui-même écrit en 1949 que «la psychanalyse est essentiellement une technique médicale... «.
Vous serez peut-être surpris d’apprendre que les nouveaux psychothérapeutes reçurent au départ un accueil favorable de la part des gouvernements et du ministère de la santé, ainsi que des usagers des thérapies mentales. Ces nouvelles thérapies étaient en effet plus brèves que la psychanalyse, ne nécessitaient plus de faire appel aux hopitaux psychiatriques. Les psychiatres eux-mêmes voulaient réduire le nombre de lits en hopitaux psychiatriques. Les nouvelles psychothérapies étaient payées par l ‘usager. Tout cela pouvait permettre une amélioration d’une politique de santé mentale, avec l’avantage d’une certaine privatisation du problème de la santé mentale, et donc d’une réduction du poids financier du secteur public.
Cela finit par donner un projet de décret qui nous étonna beaucoup lorsqu’il nous fut communiqué lors d’une très grande table ronde pilotée par Xavier Bertrand, alors ministre de la santé. Tout nous y était favorable, ou presque.
LES ALLIANCES IMPROBABLES MAIS REELLES
Si le ministère pouvait ainsi prétendre améliorer le problème de santé mentale, les psychiatres, l’ordre des médecins, les professeurs d’université et les psychologues ne l’entendaient pas ainsi.
Les précédents plans de santé mentale, dont celui de 2000, tirait l’alarme sur le nombre de postes manquants de psychiatres, de lits en psychiatrie, des besoins croissants dans ces domaines, d’autant plus que les prisons surpeuplées de personnes dont les troubles mentaux devenaient de plus en plus graves, que les prisonniers malades mentaux étaient redirigées vers les hopitaux, déjà eux-mêmes surchargés. Bref, il y avait trop de gens à soigner, avec de moins en moins de lits et de psychiatres. Les jeunes médecins ne souhaitaient non plus pas aller en psychiatrie, en queue de peloton pour la rémunération des médecins spécialistes.
L’idée était soutenue qu’il fallait à nouveau une psychiatrie de secteur avec un psychiatre répartiteur qui enverrait les patients vers de nouveaux acteurs du système, à savoir des infirmiers qui auraient reçu une formation de psychothérapeutes, et resteraient hiérarchiquement soumis aux psychiatres.
Les psychologues ont la particularité en France d’être trop nombreux à vouloir faire ces études et à ne pas trouver de débouchés, là où ils les souhaitent, cad dans des institutions. Il y a en effet autant d’étudiants en psychologie en France qu’il n’y en a dans toutes les autres universités européennes.
Les psychologues se sont persuadés que les nouveaux psychothérapeutes avaient défrichés un nouveau champ, qu’ils pourraient accaparer sans coup férir. Leurs professeurs sont prêts à demander de nouveaux postes de professeurs et d’assistants pour les former à la psychothérapie, puisque cette discipline n’est pas enseignée actuellement.
Le gentleman agreement fit place donc à une nouvelle alliance, contre les nouveaux psychothérapeutes. Il fut évité de toucher aux sujets qui pouvaient fâcher, à savoir la formation. Dans tous les autres pays européens, les formations furent détaillées et formalisées, mais pas en France.
Certes les psychanalystes perdent aussi du terrain face aux tenants des TCC, qui convoitent leurs postes universitaires.
ET POURTANT LES PSYCHOTHERAPIES DONNENT SATISFACTION...
C’est le constat unanime des différentes études menées à ce sujet en France. Il y eut l’enquête BVA menée par Psychologies Magazine, avec le soutien de la FF2P. Il y en eut d’autres qui conclurent de façon identique.
La plupart des thérapies sont toujours menées par des psychiatres et des psychanalystes.
L’évolution est cependant certaine vers des thérapies de moins d’un an. L’usager-type est une femme citadine, ayant suivie des études supérieures, célibataire ou divorcée.
Ce qui est le plus important et le facteur de réussite principal ( à 70%) est la qualité de la relation qui s’établit entre le psychothérapeute et l’usager.
Les psychothérapies pures sont cependant très rares. L’immense majorité des psychothérapeutes adaptent leur action à la personne qui vient les consulter, indépendamment de sa formation principale.
LES RESULTATS dits SCIENTIFIQUES RESTENT A PROUVER, La méthodologie doit s'améliorer
Il y eut certes des débuts prometteurs, avec des troubles fort simples, des protocoles rigoureux et des résultats très satisfaisants. Mais cela n’était pas aussi simple, les méthodologies ne pouvaient être celles des essais randomisées en double aveugle.
D’importantes recherches sont actuellement menées pour adapter la méthodologie à la pratique psychothérapeutique du terrain, avec de vrais thérapeutes, de vrais patients, de véritables psychothérapies. Ce n’est pas une position de principe, mais un état de fait, que les scientifiques eux-mêmes reconnaissent et pour lesquels ils demandent aux praticiens de collaborer avec eux.
Cela a toujours été aussi notre position à PsY en mouvement et nous avons sollicité officiellement d’y participer auprès de la Haute Autorité de la Santé.
MAIS DE QUOI, EXACTEMENT, TRAITENT DONC LES PSYCHOTHERAPIES ?
C’est un véritable problème, qui reste à élucider. Qu’est-ce donc que la maladie mentale, la santé mentale, le mal-être, le bien-être ? Doit-on y inclure une quête de sens, la recherche du bonheur ? Comment distinguer la psychothérapie du coaching et du développement personnel ? Est-ce curatif ou cela inclut-il du préventif ? Des pratiques comme la méditation rebaptisée pleine conscience sont-elles normales ou doit-on s’en méfier ?
Certains d’entre nous sont ancrés sur la maladie et la santé mentale, les pathologies lourdes . D’autres le sont plus sur le mieux-être, pour des personnes allant plutôt déjà bien. Cette disparité -que certains préfèrent qualifier de confusion - se retrouve dans ce que propose la magazine Psychologies Magazine, qui a pour sous-titre Mieux Vivre sa vie.
Le terme psychothérapie apparaît en Europe au milieu des années 1880. Son champ initial de la psychothérapie fut «la nervosité», les névroses, correspondant à la nouvelle maladie qui faisait alors fureur : «la neurasthénie». Le traitement par l’esprit n’est réservé qu’aux névroses, non pour la folie qui vient, au même moment, d’être différenciée en deux genres : la psychose maniaco-dépressive et la schizophrénie.
Le domaine est donc alors bien circonscrit : la maladie névrotique. Il ne le restera pas.
La psychanalyse souhaite étendre son rayon d’intervention. Lorsqu’en 1949, Lacan écrivait, dans un texte majeur de Société Psychanalytique de Paris que la psychanalyse était d’essence essentiellement médicale, il précisait aussi que son domaine d’éclosion avait été les névroses, mais qu’elle étend toujours plus loin ses prises.
Didier Anzieu, dans le Dictionnaire de psychologie de Doron et Parot, précise en 1991 : «Le champ de la psychothérapie comprend les névroses, les troubles caractériels, les états-limites, les affections psychosomatiques, certaines psychoses et perversions.»
Nous examinons plus tard les différentes définitions du mot santé, son étymologie.
(3) CREATIFS CULTURELS ET SOCIETE CIVILE
L'émergence des Créatifs Culturels
ARTICLES NON PERSONNELS
(3b) Analyse par Patrice van Eersel des Créatifs Culturels sur le site nouvellescles.com
Faites-vous partie des créateurs de nouveaux mondes ? Émergence d’une nouvelle culture
Par Patrice van Eersel.
Une étude américaine sur les “acteurs de changement de société”, menée auprès de plus de cent mille personnes pendant une quinzaine d’années par une équipe dirigée par le sociologue Paul H. Ray (université du Michigan) et la psychologue Sherry Ruth Anderson (université de Toronto), affirme dans un ouvrage renversant - L’émergence des Créatifs Culturels - qu’en opposition abrupte avec la politique menée à Washington, un quart environ des citoyens américains vivrait d’ores et déjà dans un système de valeurs et de comportements complètement nouveau, ouvert à l’écologie, à la solidarité, aux valeurs féminines et à l’éveil intérieur. Catégoriquement niés par les politiques et par l’ensemble des médias (aux USA comme en Europe), ces “créateurs de nouvelles cultures” constitueraient le départ d’une civilisation post-moderne aussi importante que le fut le modernisme il y a cinq cent ans.
La première énormité qui frappe est le “non-événement” que fut la parution de ce livre, début 2001, en France. Transposée dans un domaine familier aux médias, une telle enquête aurait fait un tabac : 24 % des citoyens américains (parmi les plus créatifs) ne fonctionneraient plus désormais selon le modèle occidental “moderniste” (individualisme, capitalisme et divertissement), mais d’une façon radicalement autre. C’est une information considérable, qui mériterait qu’on la vérifie, qu’on la critique... Il n’en a rien été. Silence radio. Cela correspond à l’une des informations de fond que l’enquête rapporte : imbibés de la conviction que le modernisme est la seule manière normale d’être au monde, médias et politiques n’ont rien capté du phénomène.
Ne vous est-il jamais arrivé - quand il est question des valeurs fondamentales auxquelles votre cheminement vous a finalement conduit - de vous sentir nié par le monde alentour ? C’est ce qui se produit, disent Ray et Anderson, quand on passe à un type de culture résolument nouveau : l’ancien système, non seulement ne comprend pas, mais ne voit carrément rien.
Cela dit, les intéressés eux-mêmes ne connaissent pas leur force non plus. Interrogés sur le nombre de gens qui, à leur avis, partagent leurs valeurs et leurs comportements, les “Créatifs Culturels” (CC, expression la moins imparfaitement traduite de Cultural Creatives) se sous-estiment dramatiquement : ils se croient, en moyenne, 5 % de la population alors qu’ils seraient cinq fois plus nombreux, selon notamment l’institut de sondage American Lives (entre 1986 et 1999).
Qui sont les “Créatifs Culturels” ?
Les CC sont des gens qui mettent en application quatre types de valeurs :
- implication personnelle dans la société par des engagements solidaires, locaux et globaux, immédiats et à long terme ;
- vision féminine des relations et des choses ;
- intégration de l’écologie, de l’alimentation bio, des méthodes naturelles de santé ;
- importance du développement personnel, de l’introspection, des nouvelles spiritualités.
Psychologiquement, les CC ont un point commun important : ils ne supportent plus d’être divisés, coupés, en contradiction avec eux-mêmes - ce qui caractérise d’ailleurs tout début de nouveau mouvement de société. Leurs mots clés sont : cohérence, congruence, interaction, synergie. Que l’on puisse prôner le respect des équilibres écologiques et ne pas en tenir compte dans sa propre vie quotidienne leur est devenu insupportable. Sincèrement croire que seuls des comportements plus solidaires pourraient sortir l’humanité de la catastrophe… et ne pas s’engager soi-même dans ce sens les horripile. Quant à prêcher l’éveil d’une vie intérieure et baratiner sur la spiritualité tout en continuant à se comporter, au travail, dans la cité, chez soi, comme les générations précédentes leur paraît grotesque. Dire ce que l’on fait, faire ce que l’on dit, c’est leur devise, et l’enquête de Ray et Anderson montre, dans son suivi à long terme, qu’il ne s’agit pas là de vains mots.
Analyse démographique…
Les CC se répartiraient en deux populations d’environ 23 millions d’adultes chacune :
- Un noyau central dit “avancé”, préoccupé à la fois de justice sociale, d’engagement écologique et de développement “psycho-spirituel” : pour ceux-là, le sacré inclut d’emblée l’épanouissement individuel et la solidarité sociale et politique (à 91 %, ils estiment très importants d’aider les autres) ;
- Une périphérie dite “écologiste”, qui aurait tendance à ne faire que lentement, avec beaucoup de prudence, le lien entre l’engagement social et la vie intérieure, ou entre l’écologie et la spiritualité (ce second groupe est de 15 % plus masculin que le premier).
Sociologiquement, on les trouve dans toutes les couches et tous les âges de la population, même s’ils sont incontestablement : un peu plus cultivés que la moyenne des Américains, légèrement plus riches et plus urbains. Seule corrélation vraiment forte : 60 % sont des femmes (67 % pour le noyau “avancé”). Par ailleurs, chaque année la part des 18-24 ans augmente. Pour les animateurs de l’enquête, aucun doute : il s’agit là d’un nouveau courant fondamental de la société occidentale.
L’un des premiers mérites du travail de Ray est de se replacer dans un contexte sociologique et psychologique, avec une analyse des deux courants jusqu’ici majeurs dans la société américaine, les “Modernistes” et les “Traditionalistes” :
- Les Modernistes dominent actuellement le monde. Estimés à 48 % de la population américaine (environ 93 millions d’adultes - chiffres de 1999). Ils participent de la poussée lente et formidablement puissante qui, en cinq cents ans, a créé le monde où nous vivons.
Eux qui furent considérés, vers 1750, du temps d’Adam Smith, comme des “excentriques inoffensifs” sont devenus totalement dominants et désormais dangereux. Leurs valeurs : gagner et posséder beaucoup d’argent ; gravir les échelons de la réussite professionnelle ; être le plus libre possible ; avoir beaucoup de choix (au travail et comme consommateur) ; être toujours au fait des nouveautés ; participer au progrès économique et technologique de la nation ; se divertir, notamment grâce aux médias, chacun à sa guise ; soigner son corps comme une belle machine ; faire confiance soit à la loi du marché soit à l’État-providence. Quelques-unes de leurs idées types : Le temps c’est de l’argent ; Analyser les choses en les décomposant en différentes parties est le meilleur moyen de résoudre un problème ; ou encore, Il est raisonnable de diviser sa vie en sphères distinctes et séparées : le travail, la famille, les amis, l’amour, l’éducation, la politique, la religion. Leurs rejets : à peu près toutes les valeurs et préoccupations des indigènes, des ruraux, des Traditionnalistes, des New Age, des mystiques et des religieux.
De leur côté, les Traditionalistes (24 % de la population, 46 millions d’adultes) sont en réalité tous des néo-traditionalistes, des réactionnaires au sens étymologique du mot, apparus de diverses réactions contre le modernisme, à partir du XIXe siècle (aux États-Unis après la guerre de Sécession surtout). Se référant sans cesse à un ancien temps idéal et essentiellement imaginaire, leurs valeurs s’expriment dans des idées comme : Les patriarches devraient à nouveau dominer la vie familiale ; les hommes et les femmes doivent s’en tenir à leurs rôles traditionnels. Ou encore, La protection des libertés individuelles et civiques est moins importante que la lutte contre les comportements immoraux.
Bien sûr, ces schémas sont grossiers. Les modernistes en particulier, ne forment pas un groupe compact. L’étude de Ray et Anderson les divise en quatre sous-groupes : les Modernistes conservateurs Pragmatiques (8 % de la population, soit 15 millions d’adultes), qui dirigent une bonne part du business mondial, incarnent totalement l’American Way et en profitent le plus ; les Modernistes conventionnels (12 %, 23 millions), plus intellos que les premiers, moins riches, plus cyniques, très individualistes ; les Laborieux (13 %, 25 millions), souvent d’origine étrangère, qui veulent absolument croire au rêve américain, branchés à fond sur la promotion sociale ; enfin les Modernistes aliénés (15 %, 29 millions), nettement plus modestes, employés ou ouvriers, menacés par toute crise, souvent amers ou en colère. Dans l’ensemble, ils travaillent de plus en plus, au bord de l’asphyxie : pour les même salaires, huit semaines de travail en plus par an entre 1969 et 1999 !
Quant aux Traditionalistes, ils ne sont pas forcément aussi épouvantables que le laissent supposer leurs slogans vengeurs - leur sens de la solidarité est souvent plus fort que celui des Modernistes (les ouvriers catholiques conservateurs peuvent s’avérer bien plus généreux que les bourgeois libéraux).
Les Créatifs Culturels, eux, refusent de choisir pour l’un ou l’autre de ces deux camps. S’ils se sentent les enfants des modernistes - et pas des traditionalistes réactionnaires - , ils savent que l’évolution ne s’est jamais effectuée en faisant table rase du passé, mais en intégrant l’intelligence combinée des stades précédents. L’idée de “métissage culturel” à travers l’espace et le temps - nous reliant aux autres sociétés, notamment aux cultures primordiales vivant encore en symbiose avec la nature - leur est chère, alors qu’elle révulse les réacs et fait sourire les modernes.
D’où sortent-ils ?
La genèse des Créatifs Culturels n’a rien de mystérieux. Leur émergence semble cependant avoir traversé une sorte de tunnel d’une vingtaine d’années - de la fin des années 70 à la fin des années 90 - au cours desquelles, notamment du fait de la chute de l’empire soviétique, le modernisme s’est cru autorisé à caracoler, comme s’il n’existait désormais plus que lui, face à quelques poches traditionnalistes en voie d’extinction. C’était oublier que les humains ne sont pas forcément amnésiques et qu’un ensemble de mouvements apparus dans les années 60 avaient laissé des germes puissants dans la conscience collective. L’émergence des Créatifs Culturels montre en effet de façon claire une convergence irrésistible entre les “descendants” des mouvements :
- pour les droits civiques,
- féministes,
- de soutien aux peuples colonisés,
- pacifistes,
- écologistes,
- pour l’éveil de la conscience,
- de psychothérapie humaniste.
Il est impossible de donner ici ne serait-ce qu’un résumé des innombrables informations apportées par Paul Ray et Sherry Ruth Anderson dans leur étude. Particulièrement surprenante (du moins pour nous, Européens, qui ne pouvons nous empêcher de caricaturer les Américains, surtout après l’arrogante décision de leurs gouvernants de ne pas signer les traités anti-pollution), est la lucidité des CC vis-à-vis :
- des médias (généralement reconnus comme tellement imbibés d’idéologie moderniste qu’ils ne se rendent même plus compte qu’ils intoxiquent autant qu’ils informent) ;
- des leurres de la pub et de la société de consommation, qui ont fini par tout chosifier en spectacle ;
- des manipulations des grands groupes économiques, qui sabotent les alternatives économiques “douces” (on lira le cas exemplaire de l’hypercar, voiture écologique à hydrogène) ou qui, plus pervers, sponsorisent des actions écologique ou d’éveil de conscience psycho-somatique, alors qu’ils sont par ailleurs, sous des biais plus importants, d’énormes pollueurs, assassins de biodiversité et pourvoyeurs en cancers de toutes sortes (des cas précis sont cités, cibles par exemple du mouvement des femmes ayant souffert d’un cancer du sein).
Le ressort spirituel des Créatifs Culturels
Essentielle à ceux que l’enquête présente comme les plus dynamiques du mouvement, l’approche spirituelle est certainement la plus difficile à intégrer dans la grille moderniste des médias et des politiques. Pourtant, s’il a fallu vingt ans pour que les mouvements “contre la guerre” deviennent des mouvements “pour la paix”, ou les mouvements “anti-mecs” des mouvements “pour de nouvelles relations hommes/femmes”, c’est que le catalyseur de ces métamorphoses est très souvent venu de la spiritualité et de la psychologie humaniste, dont l’intégration ne peut se faire que lentement.
« En effet, écrivent Ray et Anderson, il faut beaucoup de temps pour bien saisir la substance de l’enseignement des mouvements d’éveil de la conscience.
On peut se mettre à de nouvelles idées, s’initier à de nouvelles techniques ou se trouver un nouveau hobby en quelques semaines, mais il faut des années, voire des décennies pour se changer soi-même […]. Quand on met côte à côte la popularité croissante d’un mouvement et la lenteur de son cycle d’apprentissage, il est facile de s’arrêter uniquement aux excès de la vulgarisation, de la spiritualité “syncrétique” et de la psychologie de comptoir dont certains médias adorent se gausser. Mais confondre ainsi la surface du mouvement et sa substance profonde est une erreur. Si l’on veut vraiment comprendre ce qui se passe, il est nécessaire de bien faire la différence entre la masse croissante de ceux qui sont à la recherche de nouvelles sensations, d’un parfum nouveau pour leur vie d’une part, et d’autre part les adeptes de longue date, qui ont appris petit à petit à vivre une vie “authentique”, à profondément transformer leur existence en fonction de ce qu’ils ont appris. Les deux ensembles ont grandi durant ces quarante dernières années, mais ce sont surtout les débutants qui sont les plus visibles, avec leur population en perpétuelle croissance. »
Et maintenant ?
La grande faiblesse des CC, aux yeux de Paul Ray et Sherry Ruth Anderson : leur manque de conscience d’eux-mêmes en tant que groupe. Vu qu’il s’agit des personnes les plus dynamiques et les plus innovantes du pays… c’est qu’il y a un léger problème ! D’où le désir irrésistible des deux auteurs (qui quittent alors délibérément leur statut d’observateurs pour devenir acteurs) d’inviter les CC à pérenniser leurs efforts en passant au stade institutionnel - avec une chance de convaincre, du coup, de larges rangs modernistes, voire traditionnalistes.
Seulement voilà : institutionnaliser des créateurs, n’est-ce pas contradictoire ?
Conscients du hiatus, Ray et Anderson imaginent néanmoins toutes sortes de concrétisations possibles de l’univers CC : des écoles, des universités, des centres ouverts aux gamins des rues, des réseaux connectés à la planète entière… leur livre fourmille de suggestions.
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Vous sentez-vous créateur de nouvelles cultures ? •
A lire : L'émergence des Créatifs Culturels, de Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson, éd. Souffle d'Or
(4) LA SPIRALE DYNAMIQUE DE CLARE GRAVES ET DON BECK, présentée par Alain Collery
voir les deux vidéos de 8 mn du 7 juillet 2009, intitulées Approche Intégrale 1 et 2,
en cliquant sur un moteur de recherche alain collery youtube ou youtube approche integrale
(5) LA VISION INTEGRALE DE KEN WILBER
voir le diaporama d'Alain Collery du 9 juillet 2009, réalisé par Alain Collery,
et présenté en conférence en partenariat avec Michel Saloff-Coste, président-fondateur de l'Université Intégrale de France
(6) LA QUETE DU BONHEUR
Diaporama de Christophe André, psychiâtre, sur le bonheur, disponible sur son site
(7) La thérapie de PLEINE CONSCIENCE du Dr Jon Kabatt-Zinn
(8) La QUESTION DU SENS (dont celui de la maladie du Dr Thierry Janssen)
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